18 septembre 2007

Coquelicots sur champ de trèfles

Il aspire une dernière bouffée : se donner une contenance, s'insuffler du courage. Il l'observe longuement. Elle trébuche sur les câbles et ne cherche pas d'excuse, ne peste pas contre quelque technicien négligent ; elle sourit de sa maladresse avant de poursuivre son chemin. Elle passe machinalement sa main dans ses cheveux épais, souples, brillants. Pas par coquetterie ni souci du paraître, simplement par manie. Elle porte un vieux jean, informe et troué, surmonté d'un top fluide de satin noir assorti à ses tennis. L'ensemble est décontracté. Il se surprend à scruter ses hanches étroites se balancer dans cet apparât du quotidien. Son pas n'est pas assuré ; sa voix douce est pourtant ferme et déterminée. Elle effectue son travail à merveille mais se heurte sans cesse au matériel massif gisant ça et là. Il imagine les hématomes se former sous sa peau veloutée, en clôt les paupières, aveuglé. Il presserait ces noyaux de douce douleur tandis qu'elle questionnerait ses larges cicatrices. Elle y passerait ses doigts fins, les apprendrait par coeur. Il rouvre les yeux et la cherche. Il finit par la repérer. Accroupie près d'une table en inox, elle note sans relâche sur son calepin vieilli. Il reste à distance et invente ce qu'elle écrit compulsivement. Une voix lointaine le tire délicatement de ces abysses. Il signe le formulaire sans le lire, agacé, se retourne rapidement vers son adorée. L'absence de grâce lorsqu'elle se relève la rend délicieuse. Elle se meut brut. Amusé, il tend l'oreille à ses réparties cinglantes : elle n'a pas la langue dans sa poche. D'ailleurs elle passe cette dernière régulièrement sur ses lèvres asséchées. Soudain elle pivote et lui fait face. Plusieurs mètres les séparent, la ruche s'affaire autour d'eux. Suspendus. Elle finit par se dérober à son regard. Baisse la tête, rougit quelque peu, se reprend puis s'éloigne.

Ce soir, il l'attendra devant le hangar. Il plongera ses yeux noirs dans les siens, lui chuchotera une banalité ou deux. Elle ne l'écoutera pas, acquiescera machinalement. Le suivra vers une destination inconnue après les deux moues de refus d'usage. Il l'emmènera dans ce champ de trèfles où il aime s'allonger et se gaver de Lune. Les seuls sons qu'ils émettront seront les bruissements de leurs membres contre la flore ruisselante. Elle frissonnera ; il ne tentera rien pour la réchauffer, trop occupé à contempler sa peau se tendre et s'hérisser. Fasciné, il entretiendra ce phénomène, déposera ses lèvres dans le creux de son cou, sous son oreille. Elle entrouvrira la bouche et attendra sa réponse. Il y déposera sa langue, la mordra et alors elle saura.

dg133

Posté par God_Schizo à 00:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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